Bouchta EL HAYANI

: Maroc
Né(e) : 1952 à Taounatea

Bouchta El Hayani naît en 1952 à Taounate, petite ville du Pré-Rif éloignée des centres artistiques du pays. Il entre en peinture par la voie appliquée, se formant à l’École des arts appliqués de Casablanca en décoration et arts graphiques. Cette formation, plus artisanale qu’académique, laisse une empreinte décisive : chez lui, le dessin ne sera jamais une étape préparatoire mais la matrice même du tableau. Il expose pour la première fois en 1970, à dix-huit ans, au Salon des artistes indépendants de Casablanca. Il rejoint peu après le Centre pédagogique régional de Rabat, où il enseignera durablement, avant d’intervenir aussi à l’École nationale d’architecture.

Sa carrière se construit dans le Rabat des années 1970 et 1980, alors que la scène marocaine est traversée par une question brûlante : à quelles conditions une peinture peut-elle être à la fois moderne et marocaine ? Illustrateur pour la revue Al Assas, il côtoie de près Mohamed Kacimi, Fouad Bellamine, Miloud Labied et Hassan Slaoui. Il participe aux grandes manifestations de la période : la Galerie nationale Bab Rouah dès 1976, cinq peintres marocains à Milan et Bruxelles en 1977, la première Biennale de Tunis et le Festival d’Asilah en 1981, le Musée des Oudayas en 1982, la Semaine culturelle du Maroc à Dakar en 1984, Le Caire en 1988. En 1998, un séjour à la Cité internationale des arts de Paris marque une pause réflexive au milieu du parcours.

Ce parcours n’est pas linéaire, et c’est ce qui en fait l’intérêt. On y distingue une longue période d’expressionnisme non figuratif, où la ligne se dissout dans une matière travaillée en profondeur, puis un temps d’attention accrue au support et à la texture, avant un retour frontal à la figure à partir des années 2000. Les corps réapparaissent debout, verticaux, cernés par un dessin qui ne se dissimule plus derrière la couleur, dans un espace sans décor et souvent sans visage : ce sont des présences, non des portraits. Là où beaucoup de peintres de sa génération ont cherché leur légitimité dans le signe traditionnel, El Hayani a tenu une position plus solitaire, travaillant l’héritage par déplacement plutôt que par citation.

Cinquante années de pratique lui ont valu une place singulière dans l’histoire de la peinture marocaine : celle d’un artiste inclassable, dont chaque période reste pourtant reconnaissable à la qualité du trait. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections publiques et privées, au Maroc comme à l’étranger, et ont fait l’objet de plusieurs monographies. Une rétrospective d’ampleur organisée à Casablanca a permis de mesurer la cohérence souterraine d’un ensemble que la diversité des manières pouvait faire paraître discontinu. Membre du conseil d’administration de l’Association marocaine des arts plastiques, il vit et travaille à Rabat.

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